Innovation

Ahearn et Soper : des innovateurs qui ont façonné le transport en commun à Ottawa


Ci-contre : Le 29 juin 1891, le tramway no 10 de l'OER lance le service de tramway à Ottawa.


C’est à Thomas Ahearn et Warren Soper, deux entrepreneurs d’Ottawa, qu’on doit le premier réseau de tramways électriques de la Capitale nationale. Dès le début de leur carrière dans le domaine du transport à Ottawa, les deux hommes ont fait preuve d’une ingéniosité pour le moins «électrisante». Les renseignements ci-après sont tirés de diverses sources, notamment d’un exposé de A. Seymour Rathbone, présenté le 1er mars 1960, à Montréal, devant les membres de l’Association canadienne d’histoire ferroviaire. Alors âgé de 82 ans, Rathbone était le président du conseil d’administration de la société Ahearn et Soper Company Limited d’Ottawa, pour laquelle il travaillait depuis la fin du siècle dernier.

Thomas Ahearn est l’un des grands personnages d’Ottawa. Enfant, il s’est rendu de son domicile, situé aux plaines Lebreton, jusqu’aux locaux de la société J. R. Booth afin d’offrir gratuitement ses services en échange d’une occasion d’apprendre une nouvelle et fascinante technologie, la télégraphie.

Warren Y. Soper est natif du Maine, mais sa famille s’est établie à Ottawa dans sa tendre enfance. Dès l’adolescence, Ahearn et Soper étaient des télégraphistes chevronnés. Ahearn a passé quelque temps à New York, à l’emploi de la Western Union Telegraph Company. Il était très jeune lorsque la Bell Telephone Company l’a nommé directeur de son bureau d’Ottawa. Soper fut pour sa part nommé directeur du bureau local de la Dominion Telegraph Company.

C’est ainsi qu’ils se sont connus. En 1881, ils ont démissionné pour s’associer et créer leur propre entreprise : Ahearn and Soper, Electrical Contractors. Ils n’ont cessé par la suite de créer une entreprise novatrice après l’autre dans les secteurs des tramways électriques, qu’ils affectionnaient particulièrement, de même que dans ceux du chauffage, de l’éclairage et de l’électricité (ils furent représentants de la Westinghouse Electric Manufacturing Company).

Avant 1891, le réseau de transport d’Ottawa se résumait à dix tramways à traction animale, 15 traîneaux et 12 omnibus. Même si la société de transport a été constituée en 1866, un an avant la Confédération, les tramways n’ont été mis en service qu’en 1870.

L’hiver, le plancher des traîneaux était recouvert de paille et les passagers étaient chauffés par un petit poêle à charbon situé dans la partie centrale du véhicule.

En 1890, un groupe d’hommes d’affaires américains négocient avec la ville d’Ottawa la construction d’un chemin de fer électrique. Le projet échoue et, le 20 octobre 1890, Ahearn et Soper offrent à la ville de créer une entreprise locale qui construira et exploitera le chemin de fer. Leur lettre est accompagnée d’un chèque de 5 000 $.

Après beaucoup d’hésitation, l’offre est acceptée. Thomas Ahearn devient président de la nouvelle compagnie et Warren Y. Soper, vice-président.

Huit mois plus tard, le 29 juin 1891, les premiers tramways électriques, de petite dimension, circulent dans les rues d’Ottawa. C’est le fils d’Ahearn, Frank, alors âgé de cinq ans, qui est chargé d’inaugurer le service en activant la commande. À la mort de son père, en 1938, il accède à la présidence de l’Ottawa Electric Railway Company.

À cette occasion, des milliers de spectateurs longeaient le parcours emprunté par les tramways le long de la rue Bank, à partir des hangars du secteur industriel de la rue Albert, près de la colline parlementaire, jusqu’aux terrains de l’exposition, au parc Lansdowne. Sous les acclamations d’une foule enthousiaste, quatre tramways découverts, lourdement chargés d’invités, défilaient sans se presser. Ils portaient les numéros 10, 11, 12 et 13. Au terminus, un déjeuner a été servi dans un décor somptueux.

Les premiers tramways ont été achetés à St. Catharines (Ontario), mais il n’a fallu que quelques années à Ahearn et Soper pour entreprendre la conception, la construction et la réparation des tramways et du matériel dans une petite usine de la société appelée Ottawa Car Company. Les tramways à traction animale de l’Ottawa City Passenger Railway ont tenté pendant deux ans de faire concurrence à l’Ottawa Electric Railway. L’OER a ensuite absorbé sa rivale.

L’hiver, la neige risquait de mettre les tramways hors service. La société de transport a toutefois résolu le problème en fabriquant un chasse-neige électrique, équipé d’énormes balais cylindriques tournant à haute vitesse. En dégageant la voie ferrée, le chasse-neige produisait un nuage de neige et de glace. La société de transport était tenue de déneiger les rues empruntées par les lignes de tramway. On chargeait la neige dans des wagons couverts à traction animale, propriété de l’entreprise.

Le 22 juin 1895, deux jours après le quatrième anniversaire de la société de transport, l’Ottawa Journal écrivait ce qui suit : «... à Ottawa, les tramways desservent un réseau ferroviaire de 29 milles. Si certains de vos amis séjournant dans la Capitale nationale cet été s’interrogent sur le nombre de tramways en service, dites-leur que nous en comptons 68 et que le public ne peut trouver nulle part ailleurs des tramways en aussi bon état, d’un confort et d’une propreté exemplaire.»

En 1894, l’Ottawa Electric Railway passe un contrat avec le gouvernement fédéral pour le transport du courrier du bureau de poste jusqu’à la gare du Canadian Pacific Railway, sur la rue Broad et la vieille gare de la Canada Atlantic Railway, sur la rue Catherine.

En 1897, la Capitale nationale célébrait le 60e anniversaire du couronnement de la reine Victoria. Le gouvernement fédéral a alors confié à Ahearn et Soper la tâche d’illuminer de milliers de feux électriques la façade des édifices du Parlement. À cette occasion, Thomas Ahearn a également contribué à la mise sur pied du premier réseau de communication transcontinental. Grâce aux circuits télégraphiques récemment aménagés, on fut ainsi en mesure de communiquer les nouvelles concernant les célébrations de la Capitale nationale dans les autres grands centres du Canada.

En 1901, la société de transport a construit un somptueux tramway pour faire visiter le réseau au duc et à la duchesse de Cornwall et de York (le futur roi Georges V et la future reine Mary).

Ahearn et Soper géraient en grande partie les opérations de la société de transport de leur bureau de la rue Sparks au moyen de notes de service et d’appels téléphoniques adressés à James E. Hutchison, surintendant du bureau de la rue Albert. Ce dernier est le premier surintendant de l’Ottawa Electric Railway à travailler à cet endroit.

Rien n’échappait à Soper. Si une roue comportait des méplats, il pouvait reconnaître le bruit au passage du tramway devant son bureau de la rue Sparks. Il téléphonait aussitôt à Seymour Rathbone : «Seymour, trouve-moi le numéro de ce tramway.» Rathbone se mettait à la poursuite du véhicule et, à son retour, avait la réponse : «Le numéro 26, Monsieur.». Soper téléphonait immédiatement à Hutchison : «Jim, le tramway 26 vient de passer avec une roue comportant des méplats. Il faut la retirer sur le champ.»

Les tramways électriques (à écartements étroits) d’Ahearn et Soper étaient hautement cotés et beaucoup d’autres sociétés de transport lui passaient des commandes, notamment celles des villes de Québec (Quebec Electric Railway), Trois-Rivières (Three Rivers Traction Company), Oshawa (Oshawa Electric Railway), Port Arthur et Fort William, Winnipeg, Edmonton, Calgary, Regina, Saskatoon, Moose Jaw, Halifax et St. Johns (Terre Neuve).

À ses débuts, avant l’arrivée de l’automobile, la société de transport avait aménagé un théâtre d’été dans l’ouest de la ville. Ce secteur était très éloigné à l’époque et, pour s’y rendre, il fallait prendre le tramway. La population d’Ottawa se ruait en grand nombre dans les vieux tramways découverts pour pouvoir assister au spectacle intéressant présenté par la troupe de théâtre.

L’ouverture d’un pavillon à la baie de Britannia fut une autre entreprise très populaire de l’Ottawa Electric Railway. Les soirs d’été, les concerts attiraient de très grosses foules et les gens devaient se déplacer en tramway.

Thomas Ahearn a inventé et breveté les chaufferettes électriques installées dans les premiers tramways électriques d’Ottawa. Elles étaient fabriquées à l’usine d’Ahearn et Soper sur la rue Albert. Ahearn a également inventé et breveté les cuisinières dont il est question sur un ancien menu du vieil hôtel Windsor d’Ottawa. On y souligne avec exhubérance que ces appareils ont servi à cuisiner un «dîner préparé à l’électricité».

En 1924, l’Ottawa Electric Railway Company met les autobus à l’essai sur l’un de ces circuits. Ils ont été exploités brièvement, puis les tramways ont été remis en service. En 1939, on fait une nouvelle tentative et les autobus desservent graduellement les nouveaux circuits.

La société de transport fut gérée par le secteur privé pendant 58 ans. En 1947, des conseillers municipaux se sont vivement opposés à la hausse de tarifs demandée par l’OER, ce qui a incité la ville à vouloir faire l’acquisition de l’entreprise. Après avoir négocié un prix d’achat acceptable, la ville a tenu un référendum où les citoyens étaient invités à approuver ou rejeter l’entente. Le scrutin a eu lieu le 16 février 1948 et le projet d’acquisition a été approuvé à une écrasante majorité, ce qui a mené à la création de l’Ottawa Transportation Commission. La flotte initiale était composée des 130 tramways et 61 autobus achetés de l’OER. La longue et pittoresque association d’Ahearn et Soper était maintenant chose du passé.

Ahearn and Soper Incorporated sont toutefois toujours en affaires aujourd’hui, vendant du matériel informatique et de l’équipement périphérique.

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